Lors de l'article précédent, j'avais présenté mon livre, Mariad, parlé des jeunes auteurs, mais j'avais oublié une chose importante : de petits passages de mon roman, pour que vous puissiez vous faire votre avis sur lui. Il m'importe réellement que vous me disiez ce que vous en pensez, et c'est largement plus important que de se faire de l'argent grâce à Mariad. Alors voici le premier extrait, qui j'espère vous plaira :

"Un faucon passa au ras du sol alors qu’ils montaient le camp une fois de plus. Ils n’y distinguèrent rien d’autre qu’un volatile, sans se douter que de là haut, il les observait, les yeux mi-clos. Ses plumes multicolores se reflétaient sur la terre brune et jaune. Sa queue battait au vent, comme pour montrer à tous, sa suprématie. Ses griffes déployées, il plongea sur une branche où celles-ci se refermèrent, craquelant l’écorce brune. Dans son bec, une peluche, un chat, abîmé et poussiéreux, après un long séjour en terre probablement, dont le regard nostalgique flamboyait derrière des poils synthétiques, se balançait. Il était ancien, plus vieux même qu’Utopie. Personne ne saurait dire à présent à qui il avait appartenu, malgré sa présence sur le drapeau dès le début. Ce n’était qu’une relique, un souvenir. Le majestueux volatile la laissa tomber, après un dernier regard rempli de mélancolie. La peluche, par un heureux hasard, atterrit sur le sol aux pieds de Jevod. Puis il la ramassa, la fourra dans sa poche et courut prévenir Mariad.

La jeune femme pénétrait alors dans une forêt broussailleuse, parsemée de joncs et de lilas. En contrebas, un étang lumineux s’étendait, paisible dans la tourmente du monde. Mariad y entra jusqu’aux genoux et s’abreuva du liquide frais et pur. Elle s’allongea ensuite dans l’eau et se laissa flotter, le vent caressant son doux visage comme les mains d’une mère. Cela faisait déjà longtemps qu’elle rejetait son image, si douce pourtant. Elle ne s’excusait pas de l’avoir abandonnée à son père, et ne parvenait pas à imaginer ce qu’elle dût endurer pendant ce long mois d’absence. Des larmes abondaient à présent sur ses joues juvéniles. Elle ne tentât pas de les refouler. Elles auraient dû émerger depuis des semaines, la délivrant d’un poids de plus en plus insoutenable.

Quand Jevod parut, il fut d’abord consterné, et il se retira un peu plus loin, pour que la jeune éplorée ne blâme pas sa présence qui devait la gêner plus qu’autre chose. Mais, à son grand étonnement, elle lui fit signe de la rejoindre, en essuyant ses pleurs de sa manche finement brodée de fils d’or. Il exécuta son ordre instantanément. Ils restèrent plantés là des heures, dans les bras l’un de l’autre, à se consoler de ce chagrin muet qui rongeait leurs âmes depuis leur départ. Le vent fit frémir les branches des arbres alentours, déposant sur la face immaculée de l’eau des feuilles orange, telles de petites flammes inextinguibles. Elles ne remontaient qu’un instant, furtivement, puis étaient rattrapées par les flots, témoins des pensées enfin mises à nu des jeunes gens. L’oiseau aux milles couleurs arrêta sa course pour les observer, mu par une joie nouvelle. On ne pouvait le voir d’ici, mais il semblait qu’il souriait."

Laissez un commentaire, positif ou non mais qui serait à même de me faire progresser. Dites ce que vous pensez, mais tachez de ne pas être vulgaires. Les mots grossiers ne me feront pas m'améliorer.

Ensuite, un extrait un peu plus lointain.

"Sur un dernier adieu, ils reprirent la route. Saenun Neinnir ne serait pas la fin de leur voyage, ils le savaient. Aussi quand ils arrivèrent couvert de poussières et harassés, ils décidèrent d’aller directement se chercher une chambre où se reposer pendant leur court séjour, et pour pouvoir partir librement, ils laissèrent leurs valises fermées. La femme qui les accueillit, Bonnie Jones, trouva les jeunes gens fort agréables et elle s’empressa de leur offrir un café fait maison dont le goût puissant acheva de tirer de l’épuisement ceux-ci. En la remerciant, ils allèrent faire un tour en ville comme ils aimaient le faire auparavant quand ils se trouvaient encore à Koval Akan. La ville était moins belle, plus intime, mais les gens qu’ils rencontrèrent tout aussi sympathiques que là-bas. On leur donna même un bouquet de tulipes d’une belle teinte mauve, qu’ils acceptèrent en souriant, comme à leur habitude. La seule curiosité de la ville était le cimetière de granit rose, posé au centre de la place des Savants, pour commémorer les découvertes de ces Hommes que Praeargant avait sacrifiés pour dominer le monde. C’était grâce à eux qu’ils avaient trouvé la méthode pour créer une bombe atomique capable de radier la terre du système solaire. Mais plutôt que de les laisser détruire des milliards de vies, les quelques savants à leur solde se rebellèrent et, à coups de lance-flammes, ils avaient détruit leur quartier général, les plans ainsi qu’eux même. Personne n’eut vent de cette histoire jusqu’à ce que l’un des survivants ne vienne raconter leur héroïsme, pour que la légende ne sombre pas dans l’oubli. Il s’était ensuite jeté du clocher de l’église, devant le cimetière, pour rejoindre ses frères qu’il n’avait pu suivre dans la tombe auparavant. On l’enterra à côté, sous une plaque sur laquelle était écrite une épitaphe en lettre de sang :

 

Je n’ai su sauver mes frères

Je n’ai su vaincre l’ennemi

Je n’ai su empêcher une catastrophe

Je n’ai su aimer

Je n’ai su pardonner

Alors pourquoi saurai-je vivre ?

Franja Hibralta, soldat scientifique repenti,

Mort en 2019 en se jetant du toit de ce lieu saint

Que son âme soit à jamais bénie.

En allant prier sur sa tombe, les jeunes gens qui pourtant ne l’avaient pas connu pleurèrent en lisant le texte. Avant de rentrer, ils posèrent le bouquet de fleur sur la pierre dure et froide en joignant les mains une dernière fois pour cet homme repenti. Puis, installés dans un confortable fauteuil de cuir, ils dégustèrent une dinde rôtie accompagnée de truffes – et ils remarquèrent à cette occasion que leur hôtesse était un vrai cordon bleu – tout en discutant de choses et d’autres. Allant se coucher, il sembla à Jevod que la peluche l’observait. Il la salua puis s’étendit sur le doux matelas de soie et s’endormit. Le lendemain, ils allèrent pour la première fois au grand marché de la ville. Cet endroit grouillait de monde, mais les jeunes gens eurent tôt fait de se frayer un chemin à travers la masse de gens qui se trouvait devant eux. Achetant des produits pour leur hôtesse, ils remarquèrent un curieux talisman d’émeraude, représentant un cœur dans lequel un papier était emprisonné. S’approchant du vendeur, ils demandèrent :

-       Qu’est-ce que c’est ? C’est…magnifique…

-       Ça ? Marmonna-t-il. C’est un collier condensateur, à ce qu’on dit. Je n’ai jamais compris ce que ça voulait dire, mais ça avait l’air d’une babiole importante. Du moins c’est c’que j’en dis…

-       Je vous le prends, dit Jevod sur le ton de la conversation. Je pense pouvoir en faire bon usage.

-       D’accord, jeune homme, si vous y tenez…

Il lui tendit le talisman d’une main peu assurée. Dès que le jeune acquéreur s’en empara, une curieuse lumière, mélange d’or et d’herbe fraîche, emplit le marché. Des étincelles jaillirent au bout des doigts de Jevod, projetant des éclairs à côté. Et il se retrouva à nouveau dans le noir. Un visage parfait le regardait de ses beaux yeux purs, soulignés par le rouge intense de ses lèvres. Il reconnut instantanément Mariad, et lui sourit. Elle lui rendit son sourire, dévoilant ses dents brillantes. Il percevait autour d’elle une trace d’aura rouge, alors que la sienne, verte, enveloppait l’air des environs. Elles s’unirent pour créer un talisman – le même que celui qu’il s’apprêtait à acheter – scindé en deux pour symboliser leur indépendance et leur union collective, aux couleurs de leurs auras. Il revit les couples d’Akanactém qui les précédaient et ceux qui suivaient, toujours deux, des hommes et des femmes aux auras vertes et rouges. Il vit ainsi les parents de l’amour de sa vie, elle rougeoyante, lui verdoyant dans la pâle lueur du crépuscule, si beaux qu’ils étaient éblouissants pour quiconque les regardait. Et il revint à lui, comme tant d’autres fois. Ces visions le minaient au plus haut point, il perdait un peu plus de sa réalité chaque fois qu’il en avait. Mais cette fois le temps n’avait pas coulé. Il était toujours au même endroit, devant l’échoppe du marchand, tenant le bijou entre ses doigts meurtris. Mariad, heureuse de le voir reprendre des couleurs, courut déposer un baiser sur ses lèvres. Il la serra dans ses bras, puis la regarda dans les yeux avec dans l’âme un sentiment de contentement et de libération. Il cassa le collier sans hésitation et offrit sa moitié parfaite à celle qui était à présent sa femme. Elle l’attrapa, le fourra dans sa poche et colla de nouveau ses lèvres à celles de son amant pendant de longues minutes."

 

Voilà, c'est tout pour cette fois. Bonnes lectures !